ARTISTE EN RÉSIDENCE

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ANNE LISE LE GAC
En résidence de janvier à avril 2019

Résidence en collaboration avec Arthur Chambry.
al-lg.com

Les performances que j’écris démarrent généralement d’une expérience physique et mentale, vécue dans un espace – temps bien défini. J’use de cet évènement pour en créer un nouveau, une situation à posteriori. Lors de ma formation au CNDC d’Angers en 2013, j’ai écris ce que l’on appelle un « mémoire » (les guillemets c’est parce que ce terme me gêne encore) sur la possibilité d’une PERFORMANCE VERNACULAIRE. Il s’agissait de questionner les terrains dans lesquels je vis et ceux que je traverse comme autant de lieux fertiles gorgés de jus et remplis de nourriture.
Voilà, aujourd’hui, ça reste une de mes questions principales.
La lecture d’essais anthropologiques et sociologiques (de Tim Ingold ou Loïc Wacquant par exemple) me conduisent dans l’observation, souvent participative, des pratiques de l’Autre et les différents modes de pensée associés.
C’est comme ça que je suis allée au Canada passer un été au sein d’un groupe de bâtisseuses, les Mudgirls, qui m’ont appris les gestes et les règles de la construction naturelle. Plus récemment, je suis partie travailler sur le tournage d’un film d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita, se passant durant l’Université du Bonheur, rassemblement annuel des Raéliens d’Europe, cet année-là accueillis dans un hôtel-spa de la campagne Croate.
Chacune de ces situations me posent nécessairement de multiples questions sur des sujets aussi vaste que le bonheur, l’écologie, la piraterie ou le coaching. Cela génère des conversations et elles deviennent souvent le terreau d’une nouvelle recherche. De là surgissent et s’étendent matières à composer. Il n’y a pas de limite à l’hétérogénéité de leurs formats (récits, danses, vidéo, rap, images, sculptures, musiques) et leur mise en relation décomplexée.
Écrire et performer pourrait se comparer à un organisme vivant dans lequel les relations émergent et deviennent des clés d’accès à un environnement profondément instable et polysémique.
Cela prend la forme d’une dérive sur une carte jonchée de pratiques et de lectures, avec lesquelles je joue pour ne plus cesser d’apprendre en faisant.

Anne Lise Le Gac est installée à Marseille depuis le printemps 2014. Entre 2003 et 2008, elle étudie à l'École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, elle y pratique la performance et l'installation. Entre 2011 et 2013, elle rejoint la formation Essais au Centre Chorégraphique d'Angers (direction Emmanuelle Huynh). Elle axe progressivement la recherche sur l’hypothèse d’une «performance vernaculaire».
En 2014, elle est interprète dans la pièce de Claudia Triozzi, Boomerang - Le retour à soi. Recherches et performances se poursuivent en solitaire et sous conversation : ACTION / TRADITION / COUVERCLE avec Aymeric Hainaux, performeur beatboxer, LE CAP avec Pauline Le Boulba, doctorante au sein du département DANSE de l’université Paris 8, GRAND MAL avec Élie Ortis, artisan couturier. Depuis 2015, et en équipe, elles/ils activent OKAY CONFIANCE, un festival itinérant de performances / un festival de la confiance. Entre 2017 et 2018, elle présente un des 3 volets de la trilogie "La Caresse du Coma" au festival Parallèle à Marseille, à Tanzquartier à Vienne, pour le festival Bâtard à Bruxelles. Été 2018, elle est en résidence LiveWorks à Centrale Fies en Italie et entame l’écriture d'une nouvelle performance en collaboration avec l’artiste et musicien Arthur Chambry, dont la création se fera au printemps 2019.

Arthur Chambry vit et travaille à Marseille. En 2014 il fonde Cindys tapes, label de musique alternatif avec lequel il produit plusieurs musiciens internationaux. Ses projets musicaux, qu’il sort aussi sur cette plateforme, sollicitent souvent d’autres médiums tel que « Storyboard » son deuxième « album-video » sorti en 2016.
Depuis 2016 il transpose sa pratique dans un contexte performatif, il construit ses propres instruments et entraine ses compositions électroniques a se jouer dans un mouvement et une interaction physique. Sa pièce « Circo Gelatino » en collaboration avec Loto Retina et Gauthier Chambry est présentée en juin 2018 à la Ferme du Buisson à Noisiel puis en décembre 2018 à L’Arsenic à Lausanne lors du festival Les Urbaines. Le projet se situe à la frontière de la performance, du concert et du théâtre.


FORCE "G" en collaboration avec Arthur Chambry, ©Alessandro Sala , Courtesy of Centrale Fies in the frame of Live Works Vol.6


FORCE "G" encollaboration avec Arthur Chambry, ©Eleonora Tinti, Courtesy of Centrale Fies in the frame of Live Works Vol.6


OKAY CONFIANCE#7, 2018, Performance Day#3, Ferme du Buisson © Émile Ouroumov.


Anne Lise Le Gac, GRAND MAL, en collaboration avec Elie Ortis, Festival Parallèle, Théâtre des Bernardines, Marseille, 2017. © Caroline Barc

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AU COURS DE LA RÉSIDENCE

Le cœur du projet se dessine autour d’une pratique non officielle : Le DUCTUS. *
Dans son livre, Une brève histoire des lignes, Tim Ingold resitue le DUCTUS ainsi : au Moyen-Âge, ce mot désigne un mode de lecture qui s’établit selon un TRAJET plutôt qu’un PLAN. « Ils n’interprétaient pas le texte écrit sur la page selon un plan précis, déjà composé et complet en soi, mais le voyaient plutôt comme un trajet jalonné de signaux, de panneaux de direction ou d’étapes qui leur permettaient de s’orienter dans l’espace de la mémoire. »

Depuis un certain temps, les cartes ou plans contemporains éliminent les traces des pratiques. Comme si la structure de la carte découlait de la structure du monde. Ingold nous fait remarquer que les voyages des habitants sont effacés de la carte et de la même façon, les voix du passé sont éliminées du texte imprimé. C’est comme cela qu’il s’est trouvé dissocié de la musique. Et c’est pour lui ce qui a engendré la disparition de l’écriture. DUCTUS conduit une équipe de praticiens dans l’élaboration d’un TRAJET, entrelacés de pratiques et d’histoires vécues, en train d’être vécues et fantasmées (en partant de la vision du fantasme selon le philosophe Averroès (XIIe s.). L’enjeu est d’écrire cette pièce comme une CARTE QUI PARLE dans laquelle entrent en relation 4 figures /personnages. À partir de la rencontre de ces individus, leur mise en situation nous mènera à une production de gestes bâtards : récits de pratiques, images acoustiques, danses outils, chroniques comestibles, musiques sportives.

DUCTUS est un concert de trajectoires, des danses en conversation, un dîner de souvenirs, avec pour objectif de mettre en situation cette CHOSE qui nous guide dans la voie de la composition. L’équipe se compose de 4 « voyageurs » aux profils hétéroclites, qui s’agencent selon un ensemble de fonctions, tâches, partis pris à activer.

Ce projet prendra la forme d’une pièce chorégraphique et performée d’une durée d’environ 80 minutes, la date de création est prévue pour mai 2019.